Le harcellement des filles musulmanes dans l'Enseignement

Date de publication : 07-09-2006  
De plus en plus d'écoles officielles refusent l'inscription des jeunes filles portant le foulard; ce qui constitue une violation flagrante de la constitution belge qui garantit, dans son article 19 (voir ci-dessous), à tout citoyen le droit de culte et le droit à son exercice public. Ces écoles qui prétendent défendre le pluralisme, la liberté de conscience, l'humanisme, l'ouverture et la démocratie, agissent tout à fait à l'opposé et donnent même, en direct, des leçons d'intolérance, de rejet et de fermeture d'esprit. Par ces pratiques, l'école publique sort de sa neutralité et impose l'idéologie de ses responsables à ses élèves. Pour combattre ces dérives de l'école publique, la mobilisation de tous est indispensable. La lettre ci-dessous, adressée, il y a quelques années, au ministre de l'enseignement, et dont la copie nous est parvenue, nous paraît encore d'actualité. Ci-dessous, le texte intégral:



date, le 01/09/2000

Monsieur le Ministre
de l'Enseignement Secondaire


Objet : Rejet et exclusion des filles musulmanes au sein des écoles officielles.

Monsieur le Ministre,

En ce jour de rentrée scolaire 2000, j'ai l'honneur de vous faire part d'une leçon particulière d'intolérance, de rejet et d'exclusion que moi, mon épouse et ma fille avons suivie au sein de l'une des écoles officielles de l'enseignement organisé par la Communauté Française, à savoir l'Athénée Royal " Charlemagne " de Fléron ; une leçon semblable ayant été suivie la veille dans l'une des écoles catholiques et quelques années plus tôt à l'Athénée Royal de Soumagne.

Ce matin, nous nous sommes présentés pour l'inscription de ma fille en 1ère année secondaire. Après son inscription, nous avons été surpris par l'interdiction faite aux filles musulmanes de porter le foulard. Une discussion, d'environ 20 mn, avec le Chef d'établissement a permis à ma fille notamment, dont l'enthousiasme était à son comble, de suivre en direct une leçon d'intolérance et de rejet qui l'avait complètement bouleversée. Sa déception et son incompréhension de cette décision discriminatoire n'ont trouvé d'expression que dans des pleurs incessants et l'interrogation innocente :" pourquoi nous font-ils cela ? ".

Quoiqu'il devient relativement fréquent ces dernières années, ce comportement honteux, emprunté à des régimes très peu soucieux des lois et droits humanitaires internationaux, est non seulement anticonstitutionnel mais aussi et surtout contraire aux missions éducatives et pédagogiques de l'école moderne du 21ème siècle.
Contraindre les filles musulmanes à délaisser leur foulard est anticonstitutionnel. En effet, la Constitution belge stipule:

* Art. 19 : La liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de
manifester ses opinions en toute matière, sont garanties, sauf la répression des
délits commis à l'occasion de l'usage de ces libertés.


* Art. 22bis : Chaque enfant a droit au respect de son intégrité morale, physique, psychique
et sexuelle. La loi, le décret ou la règle visée à l'article 134 garantissent la protection de ce droit.


* Art. 24 : La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique
notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses
des parents et des élèves.

Contraindre les filles musulmanes à délaisser leur foulard est contraire aux missions éducatives de l'école. En effet, la contrainte est une forme de violence dont l'une des missions de l'école est de combattre sous toutes les formes. C'est aussi une forme de discrimination visant une communauté tout entière de notre population.

Bien que cette pratique condamnable soit bien connue du monde des adultes notamment dans le domaine de l'emploi, et que je connais personnellement depuis des années, la transposer dans le monde de la jeunesse et dans le cadre de l'école est une aberration monstrueuse.


Monsieur le Ministre,

N'est-il pas parmi les objectifs généraux de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire, tels que spécifiés dans le décret définissant les missions prioritaires de l'enseignement d'

"assurer à tous les élèves des chances égales d'émancipation sociale " ?
( Chap. II Art.. 6.4) ;

et pour atteindre ces objectifs, la Communauté Française veille à ce que

" chaque établissement éduque au respect de la personnalité et des convictions de chacun au devoir de
proscrire la violence tant morale que physique et mette en place
des pratiques démocratiques de citoyenneté responsable au sein de l'école " ?
( Chap. II Art.. 8.9).

" les établissements dont elle est responsable prennent en compte les
origines sociales et culturelles des élèves afin d'assurer à chacun
des chances égales d'insertion sociale professionnelles et culturelles " ?
( Chap. II Art.. 11).


Enfin, contraindre les filles musulmanes à délaisser leur foulard est contraire aux missions pédagogiques de l'école. En effet, que dire d'un premier contact de l'enfant avec l'enseignement secondaire qui lui signifie clairement son rejet et où sa première leçon, dispensée par le chef d'établissement lors de son accueil, ne lui apprend que les mots " problèmes " et "sanctions " sans cesse répétés et il aura fallu mon intervention personnelle pour faire savoir qu'il existait aussi le mot " récompense ". Dans un contexte pareil, l'éducation par l'exemple qui est l'un des outils pédagogiques les plus efficaces de l'enseignement se trouve compromis à jamais. Pourrait-on, encore, convaincre l'enfant du principe de " l'égalité des chances ", du " combat de la démocratie contre l'intolérance, le rejet et l'exclusion " ?

En cette période préélectorale, il est important aux partis " démocratiques " de prouver, par la pratique, les principes qu'ils défendent. " La lutte contre l'intolérance, le rejet et l'exclusion " , " l'égalité des chances " et " les droits de l'homme " ne peuvent rester de vains mots vides de sens. Notre jeunesse doit saisir ces valeurs par leur vécu ; les mots seuls ne feront que leur inculquer l'hypocrisie, enraciner en eux le racisme et la violence, les écarter des vraies valeurs d'une société moderne et les rapprocher de plus en plus de la violence dont souffre notre société.

Monsieur le Ministre,

Avec la montée de l'intolérance des établissements scolaires à l'égard de notre communauté et l'absence de réseau musulman d'écoles libres, absence soulevée, il y a quelques années, par l'un des hauts fonctionnaires de l'enseignement de l'Etat, en lançant son défi : " créez vos écoles ! ", et dans le souci de ne pas compromettre l'avenir de nos enfants, nous nous trouvons contraints de nous orienter, du moins provisoirement, vers l'enseignement à distance, déjà poursuivi, avec succès, par les précédentes victimes de l'esprit rétrograde et totalitaire qui sévit notre environnement et que notre société toute entière se doit de combattre, dans la légalité et le droit.

Toutefois, nous sommes confiants au sens de responsabilité de nos élus pour procéder à la correction de ces injustices qui font de notre société une société de ghettos, cloîtrée dans les carcans de préjugés sans fondements hérités d'un autre âge.

Enfin, recevez, Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées.



Signature


Auteur : Mohammed Said


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